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Etre de parole

Georges Didier a été un des premiers écologistes.
Aujourd’hui directeur de Réel, il s’explique sur sa fidélité militante.


Réel : En 76 vous étiez directeur de “La Gueule Ouverte”, le premier hebdomadaire écologique. Aujourd’hui vous l’êtes de “Réel”. Quels changements dans votre action ?
Georges DIDIER : Une maturité est advenue. En 72, je co-organisais à la première conférence alternative à celle de l’ONU à Oslo sur l’environnement. Ensuite, le journal “La Gueule Ouverte” s’est développé et j’en ai été le directeur en 76 et 77. Le changement a surtout été le fait d’une maturité et d’une intériorisation. À l’époque, nous étions beaucoup dans la dénonciation, dans “c’est la faute du système multinational et militaro-industriel” et “nous allions arrêter le progrès !”. Le monde n’a peut être pas tellement changé depuis 40 ans, mais nous avons changé dans nos réalités intérieures. Il y a eu l’irruption de la thérapie et de la psychanalyse. Dénoncer ne suffisait plus. Nous nous sommes aperçus que nos propres systèmes psychiques étaient en relation avec le système lui-même. Il y a un pont entre la réalité du monde et notre réalité soit individuelle, soit collective. Nous avons donc à avoir ce focus-là aujourd’hui.
Réel : Quelle est la différence entre la réalité de 68 et la réalité d’aujourd’hui ?
GD : En 68 nous voulions libérer le système. Aujourd’hui nous nous rendons bien compte que nous sommes prisonniers nous-mêmes d’un certain nombre de systèmes qui nous modèlent. Il faut certainement lutter, continuer les poussées culturelles, artistiques, ou éventuellement révolutionnaires. Mais nous avons d’abord à nous libérer de nos propres chaînes. Il y a là un vertige qui s’ouvre parce que nous avons toujours cru que c’était le système qui avait de gros problèmes et que nous, nous n’en avions que de petits. Mais si vraiment nous voulons être sérieux avec nous-mêmes, c’est nous qui avons de gros problèmes.
Chacun d’entre nous est porteur de conflits inconscients qui nous infusent, nous écrasent et nous déforment. C’est nous qui sommes, avant tout, prisonniers. Certes le système nous emprisonne, nous phagocyte, nous sollicite par des formats incitateurs, mais si vraiment nous sommes sérieux, et il faut l’être aujourd’hui, le problème, comme dirait Patrick Viveret, avant tout, c’est nous.
Donc, travaillons sérieusement sur nous, osons notre grandeur, notre créativité et notre liberté. Si nous osons cela, le monde changera.
 […]
 
Réel : Donc de la révolution à la relation ?

Georges DIDIER : Le monde intérieur c’est nous et le monde extérieur c’est nous aussi. Nous sommes le monde. C’est un grand appel à la maturité et à l’amour de nous-mêmes parce que nous-mêmes c’est l’autre. Aujourd’hui, hier et demain. Nous avons à travailler profondément toutes ces cellules qui nous composent, toutes ces étoiles que nous avons en nous. Nous avons à configurer nos relations de telle façon que ça soit bien la vie qui se manifeste à travers elles. C’est cela demain.

(...) 

Suite dans le n°115 de Réel
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