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N°95 Interview de Patrick Viveret Version imprimable Suggérer par mail



Patrick VIVERET est philosophe et magistrat à la Cour des Comptes. Il est l’un des animateurs des rencontres internationales ‘Dialogues en humanité’ dont une session s’est déroulée à Lyon les 7, 8 et 9 juillet dernier  sur le thème des “Afriques”.
Quand la politique élève



Patrick Viveret connaît le système de l'intérieur. Il est magistrat à la Cour des Comptes. Il a écrit, publié, proposé. Militant en recherche de cohérence il ne cesse de promouvoir de nouveaux espaces où, loin de s'opposer, la recherche intérieure et l'action publique viennent se féconder, s'épauler, créer du tiers et ouvrir de futurs espaces d'humanité. Cet homme est un citoyen de demain. Rencontre


Réel : Vous avez écrit : "Que le meilleur gagne". C'est une provocation ?


Patrick VIVERET : Il ne s'agissait pas du meilleur, au sens compétitif du terme, mais du meilleur au sens qu'il y a dans toute situation, tout être humain, toute institution ou organisation, une part qui est fondamentalement positive, qui est du côté du meilleur de l'humanité. De la même façon, il y a aussi une part d'ombre qui est du côté du pire de l'inhumanité, avec évidemment toute la zone intermédiaire de grisaille. Dire que le meilleur gagne, c'est créer des conditions pour que ce soit le meilleur de cette humanité qui puisse l'emporter. Une des choses que nous a appris l'histoire, c'est qu'il n'y a pas des catégories d'acteurs qui sont préposées à être bourreaux et d'autres préposées à être victimes. Chacun peut être tour à tour, et parfois simultanément, soit bourreau, soit victime, soit dominant, soit dominé. L'Europe a payé le prix le plus lourd pour savoir que la question de la barbarie n'est pas une question extérieure, mais une question intérieure. Dire que le meilleur gagne c'est effectivement créer des conditions qui sont non seulement économiques, sociales, politiques et culturelles, mais aussi des conditions émotionnelles, ce que j'appelle les écosystèmes émotionnels ou les émosystèmes, qui vont favoriser plutôt le meilleur que la part du pire.

Réel : Comment créer ces conditions ?

P. V. : Lors d'une rencontre internationale en Inde, organisée autour de la question du dialogue des civilisations et qui rassemblait des personnes issues des quatre coins de la planète, de toutes les grandes cultures et de toutes les grandes traditions, nous avions choisi le principe de trois tours d'échanges. Le premier était organisé autour de : "Qu'est-ce que vous trouvez de meilleur dans la tradition d'autrui ?". Evidemment, pour répondre à cette question il avait fallu un temps d'information, d'échange et d'enquête préalable. Ce premier tour avait permis une forme de mosaïque d'humanité très diverse mais dont la caractéristique commune était le meilleur des différentes traditions. Par exemple, les Européens et les Nord-américains avaient dit que la façon dont les cultures africaines étaient en rapport avec les personnes âgées était quelque chose de fondamental… que nous avions beaucoup perdu, que nous avions des "vieux jetables" et qu'il était essentiel de retrouver des "anciens", des transmetteurs de sagesse. Voilà un exemple où cette mosaïque du meilleur pouvait être traitée.

Le deuxième tour abordait la question, beaucoup plus difficile, du pire. C'est pour cela qu'il était important d'être chargés en énergie positive avec le premier tour sur le meilleur. Lorsque nous avons abordé le pire, la question posée était : "Quel est le pire, mais chez vous, dans votre propre tradition, culture ou civilisation ?". A cette occasion, des femmes africaines avaient pu dénoncer l'excision. Cela avait un tout autre sens que ce soit des femmes africaines qui dénoncent l'excision, plutôt que des hommes féministes occidentaux, parce que, quelle que soit la valeur de cette dénonciation, elle est toujours suspectée d'être interprétée comme étant en surplomb ou comme étant une forme de leçon coloniale ou néo-impériale.

Cette méthode très simple, qui est de dire où est le meilleur chez les autres et où est le pire chez soi, nous pouvons l'appliquer dans une entreprise, dans une institution, dans une association, dans des rapports interpersonnels.

Le troisième et dernier tour d'échanges permettait d'aller travailler sur toutes les zones intermédiaires. Nous avions la possibilité, s'il y avait du meilleur dans sa tradition qui n'avait pas été cité par les autres, de le dire à ce moment-là. De même, si nous considérions qu'il y avait du pire chez les autres qui n'avait pas été cité, nous avions la possibilité de le formuler sous forme de questions. Cela nous permettait d'avoir un dialogue qui était beaucoup plus constructif et qui bénéficiait par ailleurs de l'écoute et de la mise en sécurité affective. Le premier échange sur le meilleur des autres, et le second échange sur le pire de soi, avaient construit toutes les conditions de la confiance.
Une méthode telle que celle-ci est facilement reproductible.

Suite dans le n°95 de Réel
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Patrick VIVERET est philosophe et magistrat à la Cour des Comptes . Il est l’un des animateurs des rencontres internationales "Dialogues en humanité" dont une session s'est déroulée à Lyon les 7, 8 et 9 juillet derniers



















 
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