Interview de Jean-Jacques Crèvecoeur
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Jean-Jacques Crèvecoeur prend la réalité a bras le corps et à bras le cœur. Il l'utilise non pas pour dénoncer, mais pour aller chercher ses propres réponses à l'intérieur de lui-même. Rencontre avec cet homme, écrivain, conférencier, formateur qui sait bien que le divin est à l'intérieur de lui.
Réel : "Du pain et des jeux". Pensez-vous que les pouvoirs en place en soient encore là ?
Jean-Jacques Crèvecoeur : Votre première question est forte ! La seule différence entre l'Empire Romain et notre monde occidental contemporain, c'est que les moyens dont les pouvoirs disposent aujourd'hui sont nettement plus puissants. Cela va du lavage de cerveau que les médias nous imposent systématiquement, en nous enfermant dans un climat de peur permanent jusqu'au contrôle de notre vie physique, à travers l'exercice d'une médecine uniformisante où la liberté de choix thérapeutique se réduit comme une peau de chagrin.
C'est en partant de ce constat que j'ai eu l'envie d'écrire, en collaboration avec ma femme Ananou Thiran : "Prenez soin de vous, n'attendez pas que les autres le fassent".
Réel : Pourquoi pensez-vous que le salut ne viendra pas du pouvoir politique, mais de nous-même ?
J.-J. C. : Pour au moins deux raisons. Platon rêvait d'un pouvoir qui ne soit exercé que par des sages et des philosophes, détachés de toute aspiration personnelle de pouvoir ou de profit. Il suffit d'observer notre réalité pour se rendre compte que l'on se trouve aux antipodes du rêve de Platon.
"La montée en puissance de la pensée unique me paraît extrêmement inquiétante"
Deuxièmement, l'histoire a montré que toutes les révolutions se sont faites au nom de la liberté… et dans la décennie qui suivait, les régimes mis en place devenaient plus sanglants, plus opprimants et plus impitoyables à l'égard des citoyens. Ce fut le cas de la révolution française en 1789, de la révolution Russe en 1917, de la révolution culturelle en Chine entre 1966 et 1976, pour n'en citer que trois connues.
Réel : A vous lire, quelle autoroute faudrait-il quitter pour redécouvrir les sentiers de l'équilibre de l'autonomie ?
J.-J. C. : En janvier 2003, quarante mille voitures furent bloquées plus de douze heures à leur retour de vacances, à cause d'une zone verglacée de quelques centaines de mètres située au péage autoroutier. Si ces voitures s'étaient trouvées sur des routes nationales, elles auraient simplement pu emprunter un itinéraire alternatif. J'ai associé car on nous pousse à emprunter les autoroutes du prêt-à-soigner, du prêt-à-communiquer, du prêt-à-baiser, du prêt-à-croire. Dans tous les domaines, il y a une tendance à l'uniformisation que ce soit pour les soins de santé (vaccination pour tous, par exemple), pour la gestion de nos relations sociales et amoureuses, pour notre manière de penser et de croire. La montée en puissance de cette pensée unique me paraît extrêmement inquiétante, non seulement pour le respect de notre intégrité individuelle, mais aussi pour la survie de l'humanité dans son ensemble.
Dans cette situation, j'invite à quitter la sécurité et le confort illusoire des autoroutes de la pensée unique. J'invite à emprunter les sentiers de l'équilibre autonome à travers la jungle des croyances en matière de santé, de bien-être et de spiritualité. J'aime bien l'image du sentier car c'est quelque chose que nous traçons dans les hautes herbes et qui s'efface au premier souffle de vent. Le sentier se trace en marchant, dérangeant le moins possible l'ordre naturel qui est à l'œuvre depuis des millénaires. Le sentier est personnel, unique et original.
Réel : Pourquoi écrivez-vous que lorsque notre organisme s'éloigne de l'équilibre, cela n'est guère visible, alors que les symptômes apparaissent lorsqu'il revient vers l'équilibre ?
J.-J. C. : Supposons que je suis invité à un banquet de mariage. Le repas est non seulement délicieux, mais pantagruélique ! Et je mange des quantités phénoménales de mets tous meilleurs les uns que les autres. En faisant cela, je satisfais sans doute mon besoin de nourriture, mais en excès. Du coup, mon organisme, en particulier mon système digestif, s'est éloigné de l'équilibre et se trouve en situation de stress. Remarquez que ça ne se voit pas de l'extérieur ; seule une sensation de tension interne cherche à m'avertir qu'il est temps que je cesse d'ingérer de la nourriture.
Si malgré tout, je poursuis dans cette voie, mon organisme va prendre la décision, à un moment donné, de rétablir son équilibre avant que sa survie ne soit mise en péril. Il va décider de provoquer des réactions de vomissement pour évacuer en urgence l'excès de nourriture présente dans l'estomac. C'est donc au moment où l'organisme revient à l'équilibre que les symptômes observables extérieurement apparaissent. Ainsi, vomissements, diarrhées, fièvre, transpiration, éruptions cutanées, écoulements nasaux ou vaginaux, toux, sont autant de manières par lesquelles le corps sort ses poubelles !
Réel : Et c'est là que vous dites que la maladie est l'effort que fait la nature pour guérir l'homme ?
J.-J. C. : Exactement. La phrase est de Carl Gustav Jung. Notre éducation et notre culture nous font dire que nous sommes malades lorsque les symptômes apparaissent. Alors qu'il faudrait s'en réjouir, puisque c'est à ce moment précis que le corps retrouve son équilibre homéostatique. Selon moi, vomir est la meilleure solution que le corps ait trouvée dans une situation qui devenait aberrante du point de vue thermodynamique et dangereuse du point de vue physiologique. D'ailleurs, en tant que père de famille, j'ai toujours commencé par féliciter mes filles lorsqu'elles manifestaient des symptômes. Je leur expliquais que leur corps avait certainement pris la bonne solution pour garantir leur équilibre…
Suite dans le n°80 de REEL
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